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Depuis 1994, vous pouvez exiger une caution avant de monter l'échafaudage. Voici le seuil, les deux conditions du sursis, et le client que ça ne vise pas.
Presque tous les artisans connaissent la retenue de garantie. Presque aucun ne connaît celle qui joue dans l’autre sens. Pourtant, depuis 1994, le code civil vous permet d’exiger du client une garantie de paiement avant même de monter l’échafaudage. Et de suspendre le chantier s’il ne la fournit pas. L’article 1799-1 existe, il est court, et il dort.
La croyance qui le neutralise est simple : on imagine qu’un entrepreneur n’a aucun moyen de pression tant qu’il n’a pas travaillé. C’est l’inverse. Une fois les fondations coulées, votre seul recours est le contentieux, avec ses délais et ses frais. Avant, vous disposez d’un texte qui met la charge de la preuve financière sur le client. Le moment où vous avez le plus de pouvoir est donc celui où vous pensez en avoir le moins.
Le principe tient en une phrase. Pour un marché de travaux privé dépassant 12 000 € HT, le maître d’ouvrage doit garantir à l’entrepreneur le paiement des sommes dues. Le seuil est fixé par décret, et il s’entend déduction faite des acomptes versés à la signature.
Deux formes sont prévues par le texte. Si le client finance par un crédit spécifique, l’établissement prêteur ne peut verser les fonds qu’à l’entreprise. Le versement se fait sur ordre écrit du maître d’ouvrage. Sinon, et à défaut d’une garantie prévue au contrat, le paiement est garanti par un cautionnement solidaire. Celui-ci peut être consenti par un établissement de crédit, une société de financement, une entreprise d’assurance ou un organisme de garantie collective.
| Ce qu’on entend sur les chantiers | Ce que dit le texte |
|---|---|
| « On ne peut rien exiger avant d’avoir commencé. » | La garantie se demande dès la conclusion du marché, au-delà de 12 000 € HT. |
| « Ça vaut pour tous les clients. » | Non. L’obligation de cautionnement ne vise pas le particulier qui fait construire pour lui-même, hors activité professionnelle et sur ses fonds propres. |
| « Arrêter le chantier, c’est se mettre en tort. » | Impayé, absence de garantie, mise en demeure, puis quinze jours : le sursis devient un droit. |
| « Une clause du marché peut l’écarter. » | Les juges y voient une disposition d’ordre public, à laquelle le contrat ne peut pas déroger. |
| « C’est la caution du sous-traitant. » | Non. Celle-là relève de la loi du 31 décembre 1975 et joue contre l’entreprise principale. |
La deuxième ligne est celle qui compte le plus, car elle limite sérieusement la portée du texte. Un couple qui fait rénover sa maison sur son épargne n’a pas à vous fournir de caution bancaire. Une SCI, un promoteur, un commerçant ou un bailleur professionnel, si. La question n’est donc pas « particulier ou professionnel » au sens courant, mais : ce marché sert-il une activité professionnelle ?

Le sursis n’est pas un geste d’humeur, et c’est justement ce qui le rend solide. Deux conditions doivent être réunies en même temps. Aucune garantie n’a été fournie, d’une part. L’entreprise demeure impayée des travaux déjà exécutés, d’autre part.
Ensuite seulement vient la procédure : une mise en demeure, puis un délai de quinze jours sans effet. Passé ce délai, vous pouvez surseoir à l’exécution du contrat sans que cela vous soit reproché comme un abandon de chantier. La nuance est de taille. C’est en effet la crainte d’être qualifié de défaillant qui pousse tant d’entreprises à financer seules un chantier jusqu’au bout.
Une erreur revient souvent : suspendre alors qu’on n’est pas encore impayé. Un client qui refuse la caution mais paie ses situations à l’heure ne vous ouvre pas le droit de sursis. Les deux conditions vont ensemble.
Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception. Elle identifie le marché et son montant, puis rappelle les sommes dues pour les travaux exécutés. Elle vise ensuite expressément l’article 1799-1 du code civil, demande la garantie, indique le délai de quinze jours et annonce le sursis. Une lettre qui oublie de viser le texte reste une relance ordinaire.
Tout cela suppose de retrouver vite les pièces : le marché signé, les situations envoyées, les paiements reçus. Ce dossier se reconstitue en une heure quand devis, chantiers et factures vivent au même endroit. Il demande deux jours quand ils sont dispersés entre un classeur, une boîte mail et un carnet. Dans SendWork, marché, situations et règlements restent rattachés au même client : le jour où il faut écrire, il n’y a rien à rassembler.
La raison n’est pas juridique, elle est commerciale. Demander une caution bancaire ressemble, dans la tête de beaucoup d’artisans, à dire au client qu’on le soupçonne. Or c’est l’inverse qui se produit chez celles qui le font systématiquement. La demande passe alors pour un réflexe de professionnel structuré, comme l’attestation de décennale qu’on joint au devis sans y penser.
Il y a aussi un effet de tri, rarement dit. Un maître d’ouvrage professionnel solide obtient sa caution sans difficulté. Celui qui ne l’obtient pas vous apprend quelque chose d’utile avant que vous ayez engagé de la main-d’œuvre et des matériaux. Le refus est une information, pas un échec de négociation.
La comparaison avec la sous-traitance éclaire le tableau. Un sous-traitant dispose, lui, de la caution et de la délégation de paiement prévues par la loi de 1975. Nous les détaillons dans notre article sur les obligations du donneur d’ordre en sous-traitance. Chaque étage de la chaîne a donc son mécanisme, et confondre les deux fait perdre le bénéfice des deux.
Prenez le prochain devis que vous enverrez au-dessus de 12 000 € HT, celui de cette semaine. Ajoutez-y une ligne : le marché est conclu sous réserve de la garantie de paiement prévue à l’article 1799-1 du code civil. Elle est à fournir avant le démarrage. Rien de plus. Si le client est un professionnel, il sait ce que c’est. S’il ne l’est pas, la ligne tombe d’elle-même et ne vous aura rien coûté.
Le Médiateur des entreprises consacre un guide aux marchés privés de travaux. Publié sur economie.gouv.fr, il détaille les outils de trésorerie disponibles. Si le chantier est déjà parti sans garantie, le sujet devient celui du recouvrement. Nous l’avons traité dans notre guide sur les impayés, relances et recours.
Exiger une garantie suppose un cadre contractuel déjà posé, devis et marché compris. C’est l’étape que détaille notre guide pour devenir artisan indépendant en France, avant même la question du paiement.
SUR LE CHANTIER QU’ON FINANCE SEUL
Votre trésorerie n’a pas à servir de banque à vos clients.
Le jour où il faut écrire une mise en demeure, tout se joue sur les pièces que vous retrouvez. Avec SendWork, marché, situations et paiements restent rattachés au même client.
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