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Estimation, forfait ou prix selon la valeur des travaux : le mot choisi sur ta soumission décide qui paie une mauvaise surprise de chantier au Québec, et comment faire approuver un extra.
Prenons un cas fictif. Deux entrepreneurs remettent une soumission de 18 500 $ pour refaire la même salle de bain dans un duplex de Rosemont. Le premier a écrit « estimation » en haut de la page. Le second a écrit « prix forfaitaire ». Le troisième jour, en enlevant la céramique, chacun découvre un sous-plancher pourri par une vieille fuite. Réparer coûte 2 400 $ de plus. Pour le premier, cette somme peut s’ajouter à la facture, s’il la justifie. Pour le second, elle sort en principe de sa marge.
La différence ne tient pas au talent de l’un ou de l’autre. Elle tient à trois articles du Code civil du Québec qui s’appliquent au contrat d’entreprise, et au mot que tu choisis sur ta soumission. Voici ce que chaque formule te fait porter, et comment écrire ton prix pour que les surprises de chantier ne deviennent pas des chicanes.
Le Code prévoit que le prix d’un ouvrage est fixé par le contrat, les usages ou la loi, ou encore d’après la valeur des travaux effectués (article 2106). En pratique, ta soumission tombe dans l’une de trois catégories, et chacune obéit à sa propre règle.
| Formule | Ce que dit le Code civil | Qui porte la mauvaise surprise | Ce que tu dois pouvoir montrer |
|---|---|---|---|
| Estimation | Toute augmentation doit être justifiée ; le client la paie seulement si elle vient de travaux, de services ou de dépenses imprévisibles au moment du contrat (art. 2107) | Partagé : le client paie l’imprévisible, toi le prévisible | Pourquoi tu ne pouvais pas le prévoir, et ce que ça a coûté |
| Forfait | Le client paie le prix convenu, ni plus ni moins, même si les conditions d’exécution ont changé, sauf entente contraire (art. 2109) | Toi, sauf ce que ton contrat prévoit autrement | La clause qui prévoit un ajustement, et l’accord du client |
| Selon la valeur des travaux (heures et matériaux) | À la demande du client, tu lui rends compte de l’avancement, des services rendus et des dépenses faites (art. 2108) | Le client, qui paie ce qui est réellement fait | Tes heures, tes factures de matériaux, l’état du chantier |
Le tableau résume, il ne tranche pas un dossier. Ce qui était prévisible ou non dépend toujours des faits de ton chantier.
L’article 2107 est court et exigeant. Si ton prix a fait l’objet d’une estimation, tu dois justifier toute augmentation. Et ton client n’est tenu de la payer que dans la mesure où elle résulte de travaux, de services ou de dépenses que tu ne pouvais pas prévoir au moment de conclure le contrat.
Deux conséquences pour ta façon de travailler. D’abord, « estimation » n’est pas un chèque en blanc : un dépassement causé par une erreur de calcul, un oubli dans ta liste de matériaux ou une hausse de prix que tu aurais pu anticiper reste à ta charge. Ensuite, la question du prévisible se joue au moment où tu signes. Dans un duplex des années 1920, ton client pourrait soutenir qu’une fuite ancienne sous une céramique fissurée se voyait venir. C’est pourquoi les entrepreneurs prudents écrivent leurs hypothèses dans la soumission : « prix établi pour un sous-plancher sain ; toute réparation de la structure sera évaluée et soumise avant exécution ».
Le jour où tu découvres le problème, arrête-toi avant de réparer. Prends des photos, explique la situation au client, chiffre la réparation et fais-la approuver. Tu gardes ainsi la preuve de l’imprévisible, et ton client n’apprend pas le dépassement en recevant la facture.
Le contrat à forfait fonctionne à l’inverse. Selon l’article 2109, le client doit payer le prix convenu. Il ne peut pas demander une baisse parce que le chantier t’a pris moins de temps ou a coûté moins cher que prévu. Et toi, tu ne peux pas réclamer une hausse pour la raison contraire.
La dernière phrase de l’article est celle qui surprend le plus : le prix forfaitaire reste le même même si les conditions d’exécution prévues au départ ont changé, à moins que les parties n’en aient convenu autrement. Le sous-plancher pourri de notre cas fictif est exactement ce genre de changement. Sans clause dans ton contrat, tu risques de le réparer à tes frais.
Le forfait reste un bon choix, surtout pour un client qui veut un chiffre ferme et pour un travail que tu connais bien. Il vend de la certitude, et cette certitude se paie : il faut que ton prix contienne une marge pour les aléas, ou que ton contrat dise précisément ce qui arrive quand une condition cachée apparaît. Les deux approches se défendent. Ce qui se défend mal, c’est un forfait sans marge ni clause.
Un imprévu et un extra ne sont pas la même chose. Le premier arrive sans que personne le demande. Le second vient du client : une douche plus grande, une niche de plus, une céramique plus chère que celle prévue. Ces travaux ne font pas partie de ce que ta soumission décrivait. Le moyen le plus simple d’éviter la discussion, sous une estimation comme au forfait, c’est l’avenant écrit. Il décrit l’ajout, donne son prix et son effet sur l’échéancier, et porte la signature du client avant que tu commences.
Un avenant d’une demi-page suffit souvent. Ce qui compte, c’est la date : signé avant les travaux, il fixe l’accord ; rédigé après, il devient une réclamation que le client peut contester.
Le Code impose à l’entrepreneur, avant la conclusion du contrat, de fournir au client toute information utile sur la nature du travail, les biens et le temps nécessaires, dans la mesure où les circonstances le permettent (article 2102). Tes exclusions et tes hypothèses de prix font partie de cette information. Notre guide pour faire une soumission d’entrepreneur au Québec détaille les éléments à inclure et le calcul de ta marge.

Concrètement, une soumission solide dit clairement quelle formule elle utilise, ce que le prix comprend et ne comprend pas, et ce qui arrive si une condition cachée apparaît. Si ton client est un consommateur, la Loi sur la protection du consommateur ajoute ses propres règles ; notre article sur la protection du consommateur au Québec les résume.
Le client peut résilier unilatéralement le contrat, même après le début des travaux (article 2125). Il doit alors te payer, en proportion du prix convenu, les frais et dépenses actuelles, la valeur des travaux exécutés et, le cas échéant, la valeur des biens fournis qu’il peut utiliser. Toi, tu rembourses les avances reçues au-delà de ce que tu as gagné (article 2129). Là encore, des dates, des photos et des factures de matériaux bien classées font la différence. Si la discussion tourne mal, notre article pour régler un différend avec un client au Québec compare les recours possibles.
Sur un travail que tu connais et un bâtiment que tu as pu bien inspecter, le forfait se défend, avec une marge d’aléas ou une clause sur les conditions cachées. Sur une rénovation où les murs et les planchers cachent des surprises, l’estimation te protège mieux, à condition d’écrire tes hypothèses et de faire approuver chaque dépassement avant de l’exécuter. Et dans les deux cas, un extra demandé par le client se signe avant de se faire.
Pour savoir quel organisme encadre quoi sur ton chantier, de la RBQ à l’OPC, notre guide pour devenir entrepreneur au Québec fait le tour.
SUR LES EXTRAS
Un extra approuvé avant, c’est un extra payé après.
Avec SendWork, tes soumissions et tes échanges avec chaque client restent dans le même dossier, datés, prêts à montrer le jour où un extra se discute.
Voir comment les entrepreneurs au Québec gèrent leurs soumissions →