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Deux ans après la réception, un volet roulant qui ne remonte plus est encore votre problème. Pas au titre de la décennale, pas au titre du geste commercial : au titre de la garantie biennale, que l’article 1792-3 du code civil impose à tout constructeur pendant deux ans au minimum, sans qu’aucune clause de votre devis ne puisse l’écarter.
Ce qui surprend la plupart des artisans, ce n’est pas la durée. C’est que cette garantie-là n’est couverte par aucune assurance obligatoire. L’obligation légale d’assurance des constructeurs ne porte que sur la décennale. La garantie biennale, elle, se règle sur votre trésorerie si vous n’avez pas souscrit l’extension correspondante — et le remplacement d’une chaudière deux ans après la pose se chiffre vite en milliers d’euros.
Le texte est court : les éléments d’équipement de l’ouvrage autres que ceux couverts par la décennale font l’objet d’une garantie de bon fonctionnement d’une durée minimale de deux ans à compter de la réception. Il n’a pas bougé depuis la loi du 4 janvier 1978.
Trois expressions portent tout le poids.
« Minimale ». Deux ans est un plancher, pas un plafond. Un marché peut prévoir davantage ; il ne peut jamais prévoir moins. Toute clause qui l’écarte ou la réduit est réputée non écrite.
« Élément d’équipement ». Il doit s’agir d’un élément livré avec l’ouvrage, installé avant la réception, dissociable — déposable ou remplaçable sans détériorer le bâti — et destiné à fonctionner. Un volet, un radiateur, une robinetterie, un ballon d’eau chaude simplement raccordé entrent dans le champ. Les éléments inertes en sortent : une peinture, une moquette, un carrelage ne « fonctionnent » pas, et relèvent d’autres fondements.
« À compter de la réception ». Sans procès-verbal de réception, le point de départ devient discutable, et c’est vous qui en portez le risque. Le PV n’est pas une formalité de fin de chantier : c’est ce qui fait courir — et donc finir — vos trois garanties légales.
Les trois garanties légales partent toutes de la réception, mais ne couvrent ni la même chose, ni pendant la même durée, ni avec la même assurance derrière.
| Garantie | Durée | Qui la doit | Ce qu’elle couvre | Assurance obligatoire |
|---|---|---|---|---|
| Parfait achèvement (art. 1792-6) |
1 an | L’entrepreneur seul | Tous les désordres signalés, par réserve au PV ou par notification écrite dans l’année — quelle qu’en soit la gravité | Non |
| Bon fonctionnement, dite biennale (art. 1792-3) |
2 ans minimum | Tout constructeur | Les éléments d’équipement dissociables destinés à fonctionner | Non — extension facultative |
| Décennale (art. 1792) |
10 ans | Tout constructeur | Les désordres compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination | Oui |
Un même équipement peut relever successivement des trois. Un chauffe-eau posé sur un chantier neuf : réserve au PV la première année, panne de résistance la deuxième, fuite rendant le logement inhabitable la sixième — trois régimes différents pour un seul appareil. Le plus lourd des trois est détaillé dans notre guide sur l’assurance décennale de l’artisan.
Notez aussi la colonne « qui la doit » : le parfait achèvement ne pèse que sur l’entrepreneur qui a exécuté les travaux, là où les deux autres pèsent sur tous ceux que la loi répute constructeurs.
Notre lecture : ce qui coûte cher aux artisans sur ce sujet n’est pas d’ignorer le délai de deux ans — presque tout le monde le connaît — mais de croire que le contrat décennale le couvre automatiquement. Il ne le couvre pas d’office.
La garantie de bon fonctionnement est assurable, mais en extension facultative d’un contrat de responsabilité civile décennale. Beaucoup de contrats d’entrée de gamme ne l’incluent pas, et l’artisan ne le découvre qu’au moment du sinistre. La vérification tient en un appel à votre courtier et en une ligne à relire dans vos conditions particulières — le même réflexe que celui qui sépare votre RC professionnelle de votre décennale.
Un point mérite d’être signalé, et il touche directement les artisans de la rénovation.
Par un arrêt du 21 mars 2024 (pourvoi n° 22-18.694), la troisième chambre civile de la Cour de cassation a jugé que les éléments d’équipement installés en remplacement ou par adjonction sur un ouvrage existant, lorsqu’ils ne constituent pas eux-mêmes un ouvrage, ne relèvent ni de la garantie décennale ni de la garantie de bon fonctionnement, mais de la responsabilité contractuelle de droit commun — laquelle n’est pas soumise à l’assurance obligatoire des constructeurs.
Concrètement, un chauffagiste qui remplace une chaudière murale dans une maison existante, sans que l’opération constitue un ouvrage, sortirait du régime des garanties légales pour ce remplacement. Ni biennale, ni décennale.
Cela doit se lire comme une orientation, pas comme un point définitivement acquis. La même chambre avait retenu la solution inverse en 2017 avant de changer de position sept ans plus tard, et la qualification dépend du cas d’espèce : savoir si des travaux constituent ou non un ouvrage se tranche dossier par dossier, pas par principe. Le seul enseignement solide pour un artisan tient en une phrase — ne présumez pas que votre décennale répondra sur un remplacement d’équipement en rénovation, et faites confirmer par écrit le périmètre réel de votre contrat.
En pratique, la garantie biennale se joue sur des traces écrites plus que sur des principes. Quatre points, dans l’ordre.
Établir un procès-verbal de réception écrit, daté et contradictoire, même sur un petit chantier. C’est lui qui fixe le point de départ et, deux ans plus tard, la fin.
Consigner les réserves au PV plutôt que de les régler à l’amiable sans trace. Une réserve traitée et levée par écrit vous protège ; une réserve orale ne protège personne.
Vérifier la ligne « bon fonctionnement » dans votre contrat d’assurance, avant d’en avoir besoin.
Conserver notices et références des équipements posés. Au bout de deux ans, c’est ce qui permet de distinguer une panne couverte d’un défaut d’entretien ou d’un mauvais usage, qui ne le sont pas.
La garantie biennale tient en une phrase : deux ans minimum, à compter de la réception, sur les éléments d’équipement dissociables destinés à fonctionner. Elle est d’ordre public — vous ne pouvez pas y échapper par contrat — mais elle n’est pas couverte d’office par l’assurance obligatoire, et c’est de ce côté que se trouve le risque réel. L’article 1792-3 du code civil est consultable sur Légifrance.
Le réflexe qui coûte le moins cher reste le plus simple : un procès-verbal de réception propre sur chaque chantier, et une lecture annuelle de vos conditions particulières.
DEUX ANS PLUS TARD, IL FAUT RETROUVER LE DOSSIER
La réception, les références et la facture au même endroit.
Une garantie se défend avec des dates et des pièces — SendWork garde les interventions, les devis et les factures dans le même fil, saisis sur le chantier plutôt que reconstitués deux ans après.