Entrepreneur et cliente inspectent une finition de fenêtre dans un logement fraîchement livré

Retenue de garantie : les 5 % que personne ne réclame

Les 5 % retenus en fin de chantier dorment rarement là où vous croyez. Voici la question à poser au client, et la date à noter dans le dossier.

Un peintre finit un chantier d’appartement en septembre. Réception le 12, deux réserves mineures sur des reprises d’angle, levées en trois jours. Le solde tombe, moins 5 %. Quatorze mois plus tard, ces 5 % ne sont toujours pas revenus, et personne ne les réclame parce que tout le monde a oublié la date. Ce n’est pas une histoire rare. C’est le cycle normal de la retenue de garantie dans la plupart des petites entreprises.

La somme est rarement spectaculaire. Sur un marché de 18 000 €, elle représente 900 €. Mais elle se répète, chantier après chantier, et elle finit par constituer une créance dormante à cinq chiffres chez un artisan qui tourne bien. Pire : dans un grand nombre de cas, cet argent était déjà récupérable avant la fin de l’année, pour une raison que presque personne ne vérifie.

Ce que la retenue de garantie autorise vraiment

Le cadre vient de la loi du 16 juillet 1971, applicable aux marchés de travaux privés. Premier point souvent ignoré : la retenue n’existe que si le marché la prévoit. Aucun texte ne l’impose. Un client qui l’applique sans clause contractuelle prélève donc une somme à laquelle il n’a pas droit.

Ensuite viennent les limites. Le plafond est de 5 %, prélevé sur les acomptes. La durée est d’un an à compter de la réception, avec ou sans réserves. Et la retenue ne garantit qu’une chose : l’exécution des réserves faites à la réception. Elle ne couvre ni un grief sans rapport avec le chantier, ni une insatisfaction générale, ni une compensation avec une autre affaire.

La loi étend par ailleurs le même régime aux conventions de sous-traitance. Un sous-traitant bénéficie donc de la même protection vis-à-vis de l’entreprise principale.

La règle que presque personne n’applique : la consignation

Voici le point qui change tout. Le maître d’ouvrage ne doit pas garder l’argent. Il doit le consigner entre les mains d’un consignataire accepté par les deux parties. À défaut d’accord, le consignataire est désigné par le président du tribunal.

Dans les faits, cette consignation n’a presque jamais lieu sur les marchés privés courants. Le client déduit les 5 %, les laisse sur son compte, et considère l’affaire réglée.

Ce que devient une retenue de garantie non consignée

Elle devient exigible. La Cour de cassation a jugé en 2013 qu’à défaut de consignation, les sommes doivent être restituées immédiatement. Et ce, même si des réserves subsistent. Autrement dit, le client qui n’a pas consigné a perdu le bénéfice de la garantie qu’il croit détenir.

C’est la question la plus rentable que vous puissiez poser, et elle tient en une phrase : « auprès de quel consignataire la retenue a-t-elle été déposée ? » Neuf fois sur dix, la réponse n’existe pas.

Peintre classant le dossier de chantier qui justifiera la levée de la retenue de garantie
Le procès-verbal de réception fixe le point de départ de l’année : classé par chantier, il se retrouve en une minute.

Un an après la réception, et pas un jour de plus

Le compte à rebours part de la réception, et non de la fin des travaux. Un client qui rédige seul un document « d’achèvement » ne déclenche donc rien. Sans réception amiable, tacite ou judiciaire, le délai ne court pas.

Au terme de l’année, la libération est automatique. Les sommes consignées reviennent à l’entreprise, ou la caution est libérée, même sans mainlevée du client. Une seule chose peut l’empêcher : une opposition motivée, notifiée par lettre recommandée avant l’échéance, et adressée au consignataire ou à la caution.

Chacun de ces mots compte. Une opposition doit être motivée, donc détailler les désordres et leur coût. Elle doit être notifiée au bon destinataire, et non seulement à vous. Enfin, elle doit arriver avant le terme. Un courrier vague envoyé le treizième mois ne produit aucun effet. Et la loi prévoit expressément que l’opposition abusive expose son auteur à des dommages et intérêts.

Marchés publics : une retenue de garantie différente

Le régime public ne suit pas les mêmes règles, ce qui explique bien des malentendus. Le tableau ci-dessous résume les écarts qui comptent pour une entreprise travaillant sur les deux terrains.

  Marché privé Marché public
Plafond 5 % du marché 5 %, mais 3 % pour les PME
Sort des fonds Consignés chez un tiers accepté par les deux parties Conservés par l’acheteur public
Restitution Automatique un an après la réception, sauf opposition motivée Dans les trente jours suivant l’expiration du délai de garantie
Substitution par une garantie Caution personnelle et solidaire, de droit pour l’entreprise Garantie à première demande, sans accord de l’acheteur

Autrement dit, le régime public protège mieux l’entreprise sur la restitution, car le délai y est chiffré. En revanche, le régime privé lui offre une arme que le public n’a pas : l’obligation de consignation. La fiche technique de la direction des affaires juridiques détaille les mécanismes applicables aux marchés publics.

Ce que font les entreprises qui récupèrent leurs 5 %

Trois habitudes séparent celles qui rentrent dans leurs fonds de celles qui les perdent. Aucune ne demande de talent juridique, et toutes traitent la retenue de garantie comme une créance à suivre plutôt qu’un aléa de fin de chantier.

La première : remplacer la retenue par une caution dès la signature. La loi vous en donne le droit, et le client ne peut pas le refuser. Une caution personnelle et solidaire coûte quelques dizaines d’euros. Surtout, elle laisse la trésorerie chez vous. Le bon moment pour la demander est celui du devis, jamais celui du solde.

La deuxième : dater la réception dans le dossier de chantier, et poser une échéance à onze mois. Un mois d’avance suffit à envoyer une demande calme plutôt qu’une relance tardive. Beaucoup d’entreprises posent ce rappel là où elles suivent déjà leurs chantiers : dans SendWork, la date de réception vit sur la fiche du chantier, à côté du client et des factures.

La troisième : conserver la preuve de la levée des réserves. Photo datée, courriel du client, bon d’intervention signé. C’est cette pièce, et elle seule, qui vide une opposition de son contenu.

Un mot enfin sur la base de calcul. La Fédération française du bâtiment retient un plafond de 5 % du montant total du marché TTC. La question HT ou TTC reste discutée en pratique ; tranchez-la dans le contrat plutôt qu’à la réception, où elle devient un sujet de négociation.

Retour au chantier de septembre

Reprenons notre peintre. Ses réserves ont été levées en trois jours, sans contestation. Un an après le 12 septembre, ses 900 € sont libérables de plein droit, sans que le client ait quoi que ce soit à signer. Et si personne n’a jamais consigné la somme — ce qui est le scénario le plus probable —, elle était en réalité exigible bien avant.

Il lui manquait une seule chose : une date écrite quelque part et une question posée au bon moment. Le guide du Médiateur des entreprises sur les marchés privés de travaux rappelle ces mécanismes sur economie.gouv.fr. Pour la préparation de la réception elle-même, nous avons détaillé la méthode dans notre article sur la réception de chantier et les réserves. Et pour ce qui survit à cette première année, voyez la garantie biennale.

Les entreprises qui rentrent dans leurs fonds sont presque toujours celles qui ont structuré leur suivi de chantier dès le départ. Notre guide pour devenir artisan indépendant en France décrit cette mise en place, étape par étape.

SUR LES SOLDES QUI NE REVIENNENT PAS

L’argent que vous ne réclamez pas finit par appartenir à quelqu’un d’autre.

Une retenue se perd rarement en droit ; elle se perd parce que la date de réception n’est écrite nulle part. Avec SendWork, cette date reste attachée au chantier et au client.

Voir comment les artisans en France suivent leurs fins de chantier →